LOGEMENT • Le marché immobilier lausannois reste sous pression. En 2025, les expulsions dans le district ont augmenté de 5,8%, soulignant les tensions liées à la pénurie de logements et à la hausse des loyers. Associations de défense des locataires et représentants du secteur immobilier livrent des lectures divergentes.
C’est désormais devenu une habitude. Année après année, les expulsions de logements augmentent dans le district de Lausanne. Et 2025 ne fait pas exception à la règle puisque, selon les chiffres que nous nous sommes procurés en primeur, la hausse s’élève à 5,8% par rapport à 2024.
Une hausse que Tania Bonamy, responsable communication au sein de l’Ordre judiciaire vaudois, confirme tout en la nuançant: «Nous constatons effectivement une hausse des expulsions dans le district de Lausanne. Cette dernière reste toutefois plutôt modérée. Il faut préciser que les expulsions ordonnées ne concernent pas uniquement des logements, mais aussi des places de stationnement, des garages, etc.»
La rénovation comme prétexte?
Au total, 524 expulsions ont été exécutées en 2025 dans le district, contre 495 en 2024 et 418 en 2023. Une progression qui préoccupe Julien Rilliet, porte-parole à l’Asloca Vaud: «C’est une tendance qui nous inquiète. Elle confirme ce que nous constatons sur le terrain: la pénurie de logements et les loyers de plus en plus exorbitants imposés par les bailleurs rendent les locataires plus vulnérables, et beaucoup de ménages n’ont plus de marge quand un imprévu arrive.»
L’association de défense des locataires estime qu’une autre cause pourrait expliquer cette tendance: les résiliations liées à des travaux, des rénovations ou des transformations. «Très souvent, ces congés pour travaux sont contestables, note Julien Rilliet. La rénovation sert de prétexte pour évincer des locataires et augmenter le loyer au changement de locataire. Concrètement, on pousse des gens dehors pour relouer plus cher.»
Son de cloche différent
Sans grande surprise, le son de cloche est radicalement différent du côté des propriétaires immobiliers. Frédéric Dovat, secrétaire général à l’USPI Vaud, fait même une lecture inverse de nos chiffres: «Sur le terrain, nous ne constatons pas d’évolution haussière significative des cas d’expulsions. À titre d’exemple, le parc de logements à Lausanne est constitué de plus de 82’000 logements et le nombre d’expulsions s’est monté à 152 en 2024, soit 0,18%, ce qui reste heureusement des cas extrêmement rares. Une hausse de 5,8% à l’échelle du district de Lausanne représente environ 29 cas supplémentaires, ce qui confirme que le nombre d’expulsions est très faible par rapport à l’ensemble du parc de logements du district lausannois.» Il considère également que la hausse des loyers dans le district lausannois n’a aucune influence sur le nombre d’expulsions: «La principale et quasiment unique raison des expulsions est le non-paiement du loyer qui n’a généralement pas fait l’objet d’une hausse.»
Municipal en charge du logement et donc disposant d’une vue d’ensemble des problématiques immobilières qui agitent la capitale vaudoise, Natacha Litzistorf tient à contextualiser: «La hausse des loyers est clairement un facteur majeur, en particulier dans un contexte de pénurie de logements abordables. Mais elle ne suffit pas à elle seule à expliquer la situation. D’autres éléments interviennent: des ruptures dans les parcours de vie (divorce, séparation, décès), des changements professionnels comme une perte d’emploi ou une baisse de revenus, ainsi que la hausse générale du coût de la vie (assurances, énergie, dépenses courantes). Faute d’alternatives accessibles, certaines personnes restent dans des logements devenus trop chers pour leurs moyens, ce qui peut conduire à des situations d’impayés puis, in fine, à une expulsion.»
2026 ne s’annonce pas meilleure
Faut-il s’attendre à une nouvelle flambée des expulsions cette année? L’élue verte estime que, sans un renforcement de l’offre de logements abordables et des dispositifs de prévention en amont des expulsions, la tendance se poursuivra en 2026. Un avis partagé par le porte-parole de l’Asloca Vaud: «Le risque que la hausse des expulsions se poursuive est réel. La pénurie ne disparaît pas et certains bailleurs savent qu’ils retrouveront un locataire sans difficulté. Dans ce contexte, la tentation est forte de maximiser le rendement.»
Quant à Frédéric Dovat, il tient à rappeler l’un des outils mis en place par l’USPI pour donner un coup de pouce aux locataires qui traversent une période compliquée: «Nous avons constitué une Fondation USPI Vaud qui vient en aide financièrement, sous certaines conditions, aux locataires qui, suite à un coup du sort (perte d’emploi, maladie, séparation, etc.), n’arrivent plus à payer leurs loyers. La Fondation prend à sa charge jusqu’à trois mois d’arriérés de loyers. Depuis sa constitution en 2012, la fondation a aidé plus de 150 ménages.»