POLITIQUE • La plus jeune conseillère communale de Lausanne Romane Benvenuti a été reconduite pour un deuxième mandat. Sans vouloir faire de son âge un obstacle, son engagement pour sa ville ne faiblit pas.
Le printemps a rempli de clients la terrasse du Barbare cet après-midi-là. Des printemps, elle en a 24, Romane Benvenuti, et aucun autre membre du Conseil communal de Lausanne n’en a aussi peu. Un record toujours imbattu, au lendemain de sa réélection. «Je suis bien entendu contente d’avoir été réélue, de pouvoir continuer à défendre les sujets qui me tiennent à cœur au Conseil communal. C’est un engagement qui me plaît et je sens que je peux encore avoir un rôle à jouer pour la prochaine législature. Mais ce sentiment de gaieté est modéré vis-à-vis de la perte des sièges de notre groupe au Conseil communal.»
Combats et engagements
Elle court, Romane Benvenuti. Entre ses cours de master à l’Université de Lausanne, son tout nouveau travail dans la recherche en sociologie de la famille, son engagement au Conseil communal, la coprésidence du groupe des Vert.e.s et Jeunes Vert.e.s, pas vraiment le temps d’analyser les causes du retour de balancier de la vague verte. De toute manière, il faut aller de l’avant. Car les combats qui l’animent ne se défendront pas tout seuls.
Issu d’une famille certes non politisée mais qui lui a inculqué ses valeurs actuelles, des valeurs propres à la gauche, son engagement a poussé avec l’engrais des manifestations écologistes et féministes de 2018 et 2019. À la veille des élections communales de 2021, la poussée écologiste dans la population a servi à son élection. «C’était un peu par hasard! Et d’ailleurs, tout s’est passé très vite. En deux mois, je me suis inscrite aux Jeunes Vert.e.s, puis sur la liste électorale, et j’ai commencé à faire campagne». Les hébergements d’urgence, la végétalisation des espaces urbains, la précarité menstruelle et l’accueil des migrants sont quelques-uns de ses chevaux de bataille.
Mais elle le reconnaît volontiers: cette impression d’avoir une plus grande influence au sein du Conseil communal lausannois qu’à d’autres échelons politiques est principalement due à la majorité dont la gauche bénéficie, une configuration qui facilite l’adoption de certaines orientations et renforce le poids des élus partageant cette sensibilité.
Pas peur des enjeux
Pas, ou peu envie, pour l’instant de briguer plus haut. Aujourd’hui, la jeune femme veut rendre à Lausanne ce que Lausanne lui a apporté. «La ville est incroyable. Il y a un centre-ville très attractif, avec une grande offre culturelle. Nous sommes très proches de la nature, du lac, des montagnes. Et j’aime les différentes ambiances que les divers quartiers proposent». Mais la prochaine législature s’annonce pleine d’enjeux: crise socio-sanitaire, local d’injection, transports seront quelques-uns des thèmes qui occuperont Romane Benvenuti et ses collègues ces cinq prochaines années, autant de dossiers sensibles et complexes qu’elle entend aborder avec détermination, en faisant entendre sa voix malgré les défis liés à son âge et à son expérience encore récente.
Si elle reçoit régulièrement des critiques d’électeurs sur son manque de bouteille - la dernière en date demandait à «la gamine verte» de «s’occuper de ses études» -, elle ne le vit pas comme un problème vis-à-vis des autres conseillers, assurant au contraire que ces remarques renforcent sa motivation et sa volonté de s’imposer dans le débat politique, sans se laisser détourner de ses priorités.
«Lors de ma première élection, à 19 ans, j’étais très intimidée! Je n’avais aucune expérience. Mais on ne m’a jamais fait comprendre que je n’étais pas compétente à cause de mon âge. Il y a une grande diversité des âges au sein du Conseil, et je me sens écoutée.» Voilà de quoi compenser la polarisation grandissante de l’échiquier politique, en créant un espace où différents points de vue peuvent se confronter sans que les divisions ne deviennent paralysantes.