Guillaume Matthey, La jeunesse au service du collectif

Rédigé par
Thomas Lécuyer
Lausanne

MUNICIPALES 2026 • À 30 ans, Guillaume Matthey se présente comme candidat Ensemble à gauche. Une première, après plus de dix ans de militantisme. Lausannois de longue date, il défend une politique du «faire ensemble».

A deux pas du métro Grancy, le Tortillard est un café de quartier comme il n’en existe plus beaucoup à Lausanne. L’endroit est hors d’âge, la déco est anti-Instagramable et du coup authentique. Guillaume Matthey y sirote un café: «J’ai grandi juste à côté. L’endroit ne paye pas de mine, mais il a une terrasse ombragée, idéale quand il fait trop chaud.»

Plus forts ensemble

A 30 ans, il fait partie des plus jeunes candidats de ces élections, une position qu’il assume sans fétichiser la jeunesse. À ceux qui parlent d’une génération désengagée, il oppose une lecture plus structurelle: «La dite «Gen Z» affiche effectivement un plus grand individualisme, produit du néolibéralisme des générations d’avant. Ça a affaibli le besoin d’appartenir à des collectifs, mais cela ne signifie pas un désintérêt pour le monde et la politique. C’est une génération qui s’engage sous d’autres formes. Pour ma part, je n’ai pas vécu d’épiphanie, l’engagement est venu petit à petit, par le besoin d’agir, de faire des choses avec d’autres gens». Cette soif du collectif traverse toute sa trajectoire. Longtemps, le scoutisme en a été la source, d’abord à la brigade de Montbenon, puis à celle du Sacré-Cœur. Il y apprend à être ensemble, à faire avec, à se donner pour les autres. Une expérience déterminante pour la suite: «C’est un peu comme ça que je suis passé à la politique, c’est une sorte de continuité de l’engagement collectif, de quête de sens». Militant depuis plus de dix ans, il devient candidat avec l’idée d’être un porte-voix plutôt qu’une figure politique: «Je ne me présente pas pour un projet personnel. Les idées que je porte sont rédigées collectivement, elles sont le fruit de luttes menées depuis des années sur le logement, la sécurité ou l’accès aux soins». 

Doctorant et employé de l’université de Lausanne, il a vécu pleinement la grève de la fonction publique de la fin d’année. Il s’est mobilisé, pour défendre le service public en général et par solidarité avec les collègues les plus précaires et les premiers postes touchés par les coupes budgétaires successives. Face à l’ampleur de la mobilisation, il évoque des moments très forts de cohésion, de lutte collective, mais aussi de doute, lorsque le gouvernement et le parlement vaudois ignoraient une mobilisation historique avec plus de 20’000 personnes dans les rues. Au-delà des résultats immédiats, cette grève lui apparaît comme un moment clé de politisation collective: elle a créé des espaces de discussion entre collègues qui, jusque-là, ne faisaient que se croiser, et a permis de mettre en lumière les conditions de travail, les salaires et le statut précaire des doctorants. Une preuve concrète, à ses yeux, que les changements de société viennent «par en bas», dès lors que les gens se mettent ensemble et s’organisent.

Un trentenaire normal

Guillaume Matthey est un trentenaire normal, un iPhone, des vêtements achetés à la Coop ou chez H&M, pas de voiture ni de permis, des déplacements à vélo, des soirées cinéma et au théâtre. Mais ça ne l’empêche pas de s’engager sans cesse. Pour lui, c’est dans les espaces militants et les luttes que s’expérimentent d’autres manières de refaire société. «Ma famille est plutôt marquée à gauche, mais sans engagement particulier. Mon grand-père était pasteur à Roubaix, dans le nord de la France, dans les années 1950 et 1960, au cœur d’un paysage ouvrier très “Zola”, fait de corons et de terrils. Inspiré par la veine sociale du protestantisme, il a toujours vivement critiqué les injustices sociales et porté une attention particulière aux plus modestes. Son héritage m’a sans doute influencé».

Son engagement municipal s’enracine ainsi dans une lecture collective de la crise écologique. Plutôt que de moraliser les comportements individuels, il interroge les structures: «À Lausanne, il y a des leviers concrets que l’on peut actionner collectivement: la place de la voiture, la gratuité des transports publics, l’accès au logement, la défense des espaces verts.» Des propositions qu’il juge réalistes, fondées sur des enjeux de santé publique et de justice sociale. «Nous sommes pour le moment minoritaires, et je suis conscient que faire bouger la barre du bateau lausannois plus à gauche sera difficile.». Quoiqu’il en soit, Guillaume Matthey reste déterminé à continuer la lutte. 

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