ENTRAIDE FÉMININE • L’initiative toute simple d’une Lausannoise, visant à briser l’isolement des jeunes mamans, marche si bien qu’elle a essaimé jusqu’à Zurich. Reportage.
Deux mamans, escortant chacune une poussette, se saluent. Une 3e puis une 4e les rejoignent, et les voici bientôt onze à deviser, en secouant leurs landaus. Leurs enfants sont apaisés. Bienvenue au départ du «Mom Walks » lausannois! Bérénice Bohbot est à la manœuvre. «Selon les pays et les études, entre 65 et 90 % des mamans se sentent seules et isolées lors du post-partum», explique la Lausannoise de 33 ans. Elle-même fut touchée par ce «phénomène un peu tabou».
Sauf que pour y remédier, cette Néerlandaise, spécialisée dans le marketing, a lancé ces «balades poussettes». Et ça «cartonne»! Son initiative, lancée en février 2025, n’en finit pas d’essaimer. Des groupes existent désormais dans une dizaine de villes suisses, jusqu’à Bienne et Zurich. Soit au total quelque 2000 mamans!
L’idée consiste simplement à réunir des jeunes mères et leurs bébés ou enfants en bas âge le temps d’une promenade contemplative mensuelle.
Des mamans dans le «flow»
A Lausanne, elle est organisée au Parc de Milan tous les premiers vendredis du mois et dure 1 heure. C’est gratuit, ouvert à toutes les mamans ou femmes enceintes, sans contrainte ni inscription, et s’articule autour de divers groupes WhatsApp organisés par région, où les mamans échangent sur les sujets ayant trait à l’enfance et à la maternité. Celui concernant Lausanne rassemble 400 mamans. «Ces groupes et balades génèrent pas mal de lien social. Certaines partagent un verre à l’issue de la marche. Des contacts, voire des amitiés, se nouent, et beaucoup de mamans finissent par se voir en privé», se réjouit Bérénice Bohbot. Fin décembre, la Ville de Lausanne allouait 4000 francs d’aide à l’association «MomFlow».
«On réinvente une solidarité féminine qui jadis existait naturellement, mais que notre monde moderne a un peu perdue de vue», analyse Bérénice Bohbot. Laetitia, qui découvre les «Mom Walks» avec son fiston de 3 mois, est ravie. «J’ai appris l’existence de ces marches par une femme qui a accouché au CHUV en même temps que moi. C’est super pour briser l’isolement!» constate la Lausannoise de 43 ans.
Camille Chagnon, elle, est une participante de la première heure. «Les premières fois, cela m’a fait un bien fou de voir que je n’étais pas la seule maman à me sentir seule, explique-t-elle. Ici, on recrée le fameux “village” nécessaire pour élever un enfant, comme le souligne un proverbe africain célèbre…»
Trois mamans sèment une graine
«L’idée de créer une sorte de club de mamans m’est venue un soir d’été alors que je sortais de la piscine de Pully avec mon bébé. Il y avait là trois mamans et leurs enfants qui discutaient paisiblement au soleil. J’ai trouvé leur complicité magnifique et je me suis dit que je ne connaîtrais jamais cela, moi, l’expatriée sans attache locale…», se souvient Bérénice Bohbot, les yeux embués. Après avoir constaté qu’aucune association de ce type n’existait, elle s’est renseignée sur ce qui se faisait à l’étranger et s’est lancée. La première balade a réuni trois mamans, la seconde dix, et aujourd’hui, elles sont parfois une quinzaine.
Bérénice Bohbot tient à la disposition des mamans intéressées dans d’autres villes un «kit de lancement» bien rôdé. Mais voilà que sa balade se termine déjà. Les partages ont été prolifiques et, à l’heure de se quitter, Camille et Laetitia échangent leurs numéros de téléphone. La puissance « MomFlow » a encore frappé!