«Ce que tu as vécu ne définit pas qui tu es…»

Société

RÉSILIENCE • Psychologue et danseuse lausannoise, Margarita Fugger-Hessendonne a réalisé un  documentaire «Dignity» dans lequel elle la parole à deux Romandes survivantes d’abus pédophiles. 

«Ce que tu as vécu ne définit pas qui tu es…» Ce message orne les murs du domicile de Margarita Fugger-Hessen, et il reflète parfaitement sa philosophie de vie. Psychologue de formation et danseuse passionnée, elle dirige l’école de danse orientale lausannoise Simra Dance, où elle transmet avec énergie et bienveillance son amour pour la danse. Mais Margarita ne se limite pas à l’enseignement: elle explore désormais le monde du cinéma en tant que réalisatrice.
Son premier documentaire, «Dignity», poursuit son chemin depuis sa sortie, attirant l’attention pour la justesse et la sensibilité avec lesquelles il aborde des sujets délicats. Le film traite notamment des abus sexuels pédophiles au sein des familles, à travers deux témoignages poignants et courageux. Mais au-delà de l’horreur des violences, «Dignity» met surtout en lumière les voies possibles de reconstruction et de résilience, montrant comment il est possible de retrouver dignité, force et espoir après de telles expériences traumatisantes. Un message que Margarita transmet avec conviction et sensibilité. «Je suis tombée un jour sur un documentaire sur ce thème diffusé à la télévision. Il était bien fait et prenait aux tripes mais à la fin, on avait le sentiment qu’il n’y avait ni espoirs ni issues. Et cela m’a dérangée et même mise en colère car j’avais la sensation qu’il renforçait le tabou», raconte la quadragénaire. 
«Des actes qui brisent l’être»
Au fil des ans, elle a accueilli plusieurs victimes de tels actes dans ses cabinets de psychologue de Lausanne et d’Yverdon. Et pour cause: statistiquement, une femme sur trois, un homme sur six et un enfant sur cinq ont été violentés sexuellement! 
«C’est énorme et peu de gens mesurent l’ampleur de ce phénomène! D’autant que ces actes brisent l’être en profondeur», assène la psychologue. Laquelle rêve que son film vienne mettre de la lumière sur ce phénomène et «montrer qu’on peut en sortir restaurés, corps, âme et esprit». «Il faut beaucoup de temps et de travail sur soi pour retrouver cette intégrité mais c’est possible et sur nos cicatrices peuvent fleurir de belles choses», explique celle qui a un Master en psychologie, un autre en histoire de l’art et une large expérience en danse-thérapie. 
«Avec ce film, c’était comme si tous mes centres d’intérêt se mariaient  pour former un puzzle cohérent», se réjouit-elle. Lors de la première au Pathé Flon en automne 2024, les 4810 places étaient pleines. 
Margarita Fugger-Hessen y voit la preuve que son œuvre répond à un besoin d’espoir et à celui d’avoir accès à un processus de restauration. «Il est arrivé que quelqu’un réalise avoir été violenté en visionnant le documentaire et demande de l’aide. Rappelons que ces crimes peuvent plonger ceux qui en sont victimes dans un déni ou une dissociation qui fait que certains souvenirs douloureux sont comme oubliés. Certains spectateurs qui s’étaient juré de ne jamais parler de leur expérience l’ont fait et ont pu avancer. On voit de beaux fruits fleurir comme ceux-ci. Suffisamment pour être confirmés dans notre démarche, même si la plupart des effets de notre travail nous resteront probablement inconnus» explique-t-elle.  
Une «star» en guest-star
L’objectif est que ce film devienne un outil de sensibilisation. Il est diffusé dans les associations et paroisses de Suisse romande à la demande. En effet, le documentaire est d’inspiration chrétienne car leur foi a aidé ses deux témoins à se relever. 
Le célèbre théologien Paul Young, auteur du bestseller mondial «La Cabane», écoulé à 20 millions d’exemplaires dans le monde qui fut lui-même abusé dans son enfance, est aussi interviewé dans le film. 
«Il explique que les violences sexuelles constituent aussi une violation de l’âme humaine et que l’ampleur des dégâts provoqués est inversement proportionnelle à la beauté d’une sexualité saine. Mais il apporte aussi beaucoup d’espérance», conclut Margarita Fugger-Hessen.

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