LIVRE • Pascal Chamberge a bientôt 46 ans, et ce n’est que l’année de ses 33 ans qu’une psychiatre pose un nom sur son sentiment d’être sans arrêt en décalage: il souffre du trouble du spectre autistique. Depuis son domicile de Bretigny-sur-Morrens, il a mis son histoire sur papier avec l’aide de sa voisine Janick Viguet. Résultat: cinquante pages réunies dans «Je veux être comme tout le monde (ou pas…)». Rencontre croisée.
Lausanne Cités: Qu’est-ce qui vous a poussé à vouloir mettre votre histoire sur papier?
Pascal Chamberge: En parlant avec mes amis, je me suis rendu compte que mon histoire était peu banale. Petit à petit, j’ai commencé à le croire, et j’avais besoin de sortir quelque chose pour enfin faire un truc pour moi. Ce bouquin à un sens, et cela a été un bon complément à la thérapie psychiatrique. Bien sûr que j’adorerais qu’il soit diffusé plus largement. Mais avant tout, j’aimerais qu’il puisse aider un maximum de gens qui le liront.
Janick Viguet: Je trouve qu’il aide aussi les personnes «comme nous» à comprendre ce que tu vis, et c’est un cadeau que tu nous fais.
Pourquoi avoir choisi ce titre, «Je veux être comme tout le monde (ou pas…)»?
Janick: Cette phrase, il me la répétait chaque fois qu’on se voyait. Et quand il a fallu trouver un titre, c’était une évidence.
Pascal: J’ai toujours voulu être comme tout le monde, mais je sortais de la norme. Je voulais avoir des bonnes notes comme tout le monde, avoir une voiture, une copine, une vie de famille. Mais c’est souvent en voulant ressembler aux autres que j’ai le plus souffert.
Comment vous êtes-vous rencontrés?
Pascal: Par l’intermédiaire d’une association de jeunes retraités, «Talents solidaires». Il y avait un panneau avec les gens qui offraient leur soutien, avec les coordonnées de Janick. Le hasard fait bien les choses, on est voisins!
Janick: Je suis entrée dans cette association à ma retraite. J’aime bien écrire alors j’avais indiqué que je pouvais écrire des histoires de vie. J’avais aussi un peu d’expérience dans la systémique. Et quand Pascal m’a contactée et m’a dit qu’il voulait faire un livre, ça m’a mis la pression! (rires)
Janick, comment avez-vous vécu cette expérience?
Cela a été une expérience extraordinaire. Pascal est hyper attachant, il a même l’âge d’un de mes fils. Et la confiance que ce garçon a eu vis à vis de moi est renversante. J’en ai encore la chair de poule. Finalement, à raison de deux heures par semaine pendant deux ans, puis de la correction et de l’édition, la réalisation du livre aura mis trois ans et demi.
Pascal, comment avez-vous vécu votre diagnostic?
Comme un énorme soulagement, même si cela a été un choc! Je suis rentré chez moi, je me suis calfeutré pour ne plus voir personne. J’ai toujours su qu’il y avait quelque chose de différent, et j’ai eu enfin la réponse que j’attendais depuis plus de 25 ans. En rembobinant les années de ma vie, j’ai compris énormément de choses.
Comment abordez-vous la suite?
Pascal: Pour moi, ce livre est une réussite. Dorénavant, je peux me projeter, avec des projets. Par exemple, je réfléchis à travailler avec des enfants en tant qu’assistant socio-éducatif. En attendant, j’ai déjà réussi rien qu’en le publiant, et je pense que mes parents, de là-haut, sont fiers de moi.
Le 10 septembre prochain à 19h, une conférence sera organisée à la maison villageoise de Cugy, Pascal Chamberge y présentera son livre.