Un réacteur nucléaire Lego 
fait sensation à l’EPFL

Rédigé par
Fabio Bonavita
Société

SCIENCE • Au cœur du campus de l’EPFL, le chercheur Vincent Lamirand a transformé le réacteur expérimental «Crocus» en modèle Lego pour aider ses étudiants à visualiser le fonctionnement d’un réacteur nucléaire. Ce projet pédagogique original suscite aujourd’hui un engouement mondial jusque dans la communauté officielle de la célèbre marque danoise.

Dans la salle de commande du réacteur «Crocus», sur le campus de l’EPFL, des briques Lego côtoient instruments de mesure et équipements scientifiques. Posé sur une table, un petit réacteur nucléaire miniature attire immédiatement l’attention.
Conçu par Vincent Lamirand, chercheur en physique nucléaire et enseignant, ce modèle n’a pourtant rien d’un simple gadget. «La première mission de notre labo est l’éducation, cela figure tout en haut de la liste de nos priorités», explique le chercheur en nous accueillant dans ses locaux. Responsable d’un cours consacré au réacteur, il s’est progressivement rendu compte d’une difficulté récurrente chez ses étudiants. 
«Ils sont très doués, mais ils ont de la peine à visualiser ce qu’il y a réellement à l’intérieur du réacteur.» Pour les aider, Vincent Lamirand a d’abord tenté de réaliser avec un étudiant, une maquette grâce à l’impression 3D, mais l’expérience s’est rapidement révélée décevante. «Le résultat était trop fragile et peu pratique à manipuler.» 
Un déclic de papa
Le déclic se produit finalement à la maison, loin du laboratoire. «J’ai recommencé à jouer aux Lego avec mon fils. J’y jouais quand j’étais petit, mais depuis, la marque a développé un logiciel de modélisation gratuit très performant. On peut construire un set sur ordinateur et le logiciel indique ensuite quelles pièces acheter». Durant son temps libre, en 2024, il entreprend alors de recréer entièrement le réacteur en briques. Après plusieurs essais, il parvient à mettre au point une version suffisamment solide pour être manipulée directement par les étudiants. «Aujourd’hui, ils le démontent, discutent autour du modèle et apprennent ensemble. Devant un écran, les étudiants restent souvent passifs; lorsqu’ils manipulent un objet, ils sont actifs et comprennent davantage.» Le modèle compte environ 600 pièces et peut être reproduit par n’importe quel passionné grâce aux instructions déjà disponibles en ligne. «Environ deux heures suffisent pour le monter chez soi», précise le chercheur. L’initiative a depuis dépassé le simple cadre du cours. Une étude pédagogique menée autour de l’utilisation du modèle a récemment été publiée dans une revue scientifique spécialisée. Les résultats montrent une amélioration mesurable de la compréhension des étudiants ayant travaillé avec cette approche. «À ma connaissance, je suis le seul à utiliser les Lego pour l’enseignement à l’EPFL», sourit Vincent Lamirand, tout en évoquant un collègue d’une autre université qui utilise ces briques dans des cours de sociologie.
L’expérience pédagogique imaginée à l’EPFL commence désormais à dépasser largement le cadre universitaire. Ce qui n’était au départ qu’un outil conçu pour les étudiants lausannois a été déposé sur Lego Ideas, la plateforme officielle sur laquelle les fans peuvent proposer leurs propres créations. 
Monsieur Bidouille
Les projets qui récoltent suffisamment de soutiens de la part du public peuvent ensuite être examinés par la marque danoise, en vue d’une éventuelle commercialisation officielle. Autre petit succès d’estime, en avril dernier, le vulgarisateur scientifique français Monsieur Bidouille, suivi par plus de 334’000 abonnés sur YouTube, a consacré une vidéo à«Crocus» et au modèle de Vincent Lamirand. En seulement quelques jours, celle-ci a dépassé les 100’000 vues et généré plus de 1500 soutiens sur Lego Ideas. L’American Nuclear Society a également publié un article détaillé sur cette démarche originale de vulgarisation scientifique.
Bientôt un set officiel?
Pour Vincent Lamirand, cet intérêt témoigne surtout d’une curiosité réelle du public lorsque les sujets scientifiques sont présentés de manière concrète et accessible. «Le nucléaire souffre souvent d’une image très technique ou difficile d’accès. Avec un objet comme celui-ci, les discussions deviennent beaucoup plus simples. Les gens osent poser des questions et s’intéressent davantage au fonctionnement réel d’un réacteur de recherche.» 
Le projet poursuit désormais un nouvel objectif: atteindre 5000 soutiens sur Lego Ideas: «C’est la prochaine étape pour que Lego regarde si cela vaut la peine d’en faire un produit officiel. Si on y arrive, tant mieux; sinon, ce n’est pas grave. Ce n’est pas le but premier de ma démarche», relativise le chercheur. Avant d’ajouter: «Le projet a déjà dépassé les 3500 soutiens, j’invite vos lecteurs à apporter leur pierre à l’édifice si la démarche leur semble intéressante.» 

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