HÉROÏSME • Awen Picard vient d’être distingué à Berne par la prestigieuse Fondation Carnegie. Le haut fait d’armes de cet intrépide et modeste jeune Lausannois? N’écouter que son courage pour plonger et sauver un enfant qui se noyait dans le port d’Ouchy.
Une modestie innée est souvent la marque de fabrique des véritables héros. Awen Picard ne se sent «pas vraiment comme un héros». Ce Suisso-canadien de 20 ans en est pourtant clairement un, puisqu’il estime tout naturel de s’être précipité dans les eaux du Léman, à même pas 10 degrés, pour sauver un enfant de 5 ans d’une noyade certaine.
Pourtant, personne d’autre parmi les dizaines de personnes présentes sur le port d’Ouchy en cette fin d’après-midi du 3 avril 2025 n’avait pensé à le faire.
Et le 5 juin dernier, au Palais fédéral de Berne, l’ancien apprenti électricien de Saint-Sulpice, était donc honoré pour son geste par la prestigieuse Fondation Carnegie. Laquelle a récompensé environ 9000 personnes en Suisse depuis sa fondation en 1912 par le célèbre magnat de l’industrie Andrew Carnegie (1835-1919). Notre Lausannois émérite a donc reçu une médaille en argent, relevée de la locution latine «Au courage qui a rendu d’excellents services pour sauver des vies humaines ».
Le jeune homme, qui est désormais formateur de jeunes en insertion professionnelle au COFOP de Lausanne, apparait presque timide au moment de recevoir sa récompense des mains des conseillères nationales Yvonne Feri et Greta Gysin. «Awen a toujours été à la fois hyper vif et très empathique. Il a agi avec une spontanéité incroyable», commente «hyper fier» son papa Justin, 53 ans. Le jour dit, le cadet de ses trois fils discutait avec «une pote» sur un banc du Quai des Savoyards à Ouchy. En état quasi permanent d’hypervigilance de par le TDAH dont il est atteint, il voit soudain un vélo d’enfant tomber dans l’eau, à tout de même pas loin de 100 mètres de lui.
Il fonce sans tergiverser
«Mon cerveau a mis une seconde pour se dire qu’il y avait probablement un gamin avec. Je me suis levé, j’ai couru, j’ai enlevé mes chaussures, et je suis rentré dans l’eau tout habillé. Là, le froid m’a saisi jusqu’à me couper la respiration. Mais j’ai plongé et j’ai aperçu ce gamin immergé, la bouche grande ouverte de panique. Je l’ai saisi et l’ai tiré hors de l’eau», résume le binational.
Le pauvre malheureux est choqué, mais conscient. Awen le remet à un adulte semblant être son père qui approche, entouré de connaissances, et ce groupe repart sans un seul mot, ni la moindre réaction. «Un passant m’a félicité. Un autre m’a affirmé que Dieu me récompenserait pour ce geste. Je suis athée mais ces mots m’ont touché! Puis, j’ai téléphoné à ma mère qui est venue me chercher et a alerté les journaux. Je n’étais pas spécialement pour à la base, mais cela lui faisait tellement plaisir…»
Confiance
Awen Picard a la tête sur les épaules et le regard présent d’un jeune homme sain. Né à Cologne, il est arrivé en Suisse avec ses parents en 2006. À leur initiative, il y a fait l’école à la maison pendant plusieurs années. «Cela a aiguisé son sens des responsabilités, sa capacité à s’autodéterminer et à comprendre qu’il y a d’autres chemins dans la vie pour s’épanouir que des études universitaires», explique Justin Picard. Déjà honoré par la Société suisse de sauvetage, Awen ne fanfaronne pas. Il se laisse même volontiers chambrer par ses copains, qui le qualifient de «héros» en riant. Lui explique que sa vie n’a pas changé depuis les faits. «Peut-être que j’ai juste un peu gagné en confiance», concède-t-il. Son Trouble du déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité (TDAH)? Le jeune homme le voit «comme une force».
«Cette particularité m’apporte beaucoup de choses et d’énergie. Je ne l’ai jamais vécue pas comme une étiquette enfermante…» Et le jeune héros de conclure: «Je suis surtout content de penser que ce gamin a peut-être 90 années de vie devant lui, alors que tout aurait pu s’arrêter pour lui ce soir-là…»
Deux autres héros lausannois
Awen Picard n’était pas le seul Lausannois honoré cette année. Meryll Evard, mère de 4 enfants de 34 ans de Chavannes-près-Renens et Shanmuganathan Yananda, né à Lausanne voici 20 ans ont reçu la même médaille. Le 2 avril 2025 à Aigle, ces deux militaires alors en pleine école de recrues, ont entendu un hurlement puis ont vu un homme tenter de pousser son ex-compagne par la fenêtre d’un immeuble. «On a crié, ce qui a eu pour effet de le stopper, puis on s’est mis à courir vers eux avec notre camarade Alexandra Brönnimann, tout en appelant la police, raconte Meryll Evard. Notre arrivée a provoqué sa fuite et on a pu rester avec la victime paniquée et en sang jusqu’à l’arrivée des agents». Shanmuganathan Yananda, qui s’en est trouvé conforté dans son envie de devenir policier, se souvient aussi que ses camarades avaient tenté de le dissuader d’intervenir. «C’était effectivement potentiellement dangereux, mais on a senti qu’il le fallait!» résume-t-il modestement.