COHABITATION • Pour nombre d’usagers de la voie publique, mais aussi certains politiciens, les cyclistes lausannois jouissent d’une véritable impunité, trop rarement sanctionnés pour leurs manquements aux règles de la circulation. Mais que disent les chiffres?
C’est au cours d’un débat organisé par nos confrères de La Télé à l’occasion du premier tour des élections municipales, que le candidat UDC Fabrice Moscheni a lancé sa petite bombe disant tout haut ce que beaucoup pensent tout bas: à Lausanne, les cyclistes jouissent d’une impunité telles qu’ils se croient tout permis, griller des feux rouges, utiliser des trottoirs, remonter les sens interdits, empiéter sur les passages piétons, etc. On se souvient d’ailleurs de cette photo prise par un citoyen en 2021, immortalisant le syndic Grégoire Junod en train de griller un feu rouge, dans les rues de sa propre ville.
«Toute personne qui est sur les routes et d’une manière générale le domaine public et les routes, constate que les cyclistes, encensés par la Municipalité sortante, ne respectent pas les règles de la circulation routière, détaille Fabrice Moscheni à Lausanne Cités. Et ce comportement résulte de l’impunité dont ils bénéficient, puisque l’immense majorité d’entre eux ne dispose pas de plaque d’immatriculation. Comme leur nombre va croissant, je pense qu’il va bien falloir réagir un jour ou l’autre: soit changer la loi pour en faire des usagers prioritaires, soit agir pour faire en sorte qu’ils respectent les règles, ce qui serait d’ailleurs une bonne chose pour leur propre sécurité».
Agir sur le porte-monnaie
Sans surprise, l’Association pour la protection des piétons lausannois fait le même constat: «Les cyclistes ne respectent ni les zones piétonnes ni les trottoirs, où ils sont censés mettre pied à terre. Ils ont le sentiment que la loi sur la circulation routière n'est pas pour eux et se considèrent en réalité comme des piétons avec un vélo, dénonce son président Johan Pain. Il y a clairement une volonté politique de la Ville de Lausanne de protéger les deux roues, mais le résultat c’est qu’elle n’arrive plus à les contrôler. Développer la mobilité douce c’est bien, et nous y sommes favorables, mais ce mouvement doit être accompagné, et autrement que par la simple prévention: il faut plutôt agir sur le porte-monnaie, surtout lorsque l’on sait que jeter un mégot par terre est plus sanctionné que brûler un feu rouge à vélo».
Alors, les cyclistes seraient-ils libres de faire ce qu’ils veulent à Lausanne? Même s’il est impossible de connaître avec précision le nombre exact de vélos en circulation (au minimum plusieurs dizaines de milliers, la part modale des déplacements à vélo étant estimée à 4,3 % en 2021), certaines statistiques fournies par la police lausannoise offrent un aperçu plutôt intéressant de la situation. Entre 2023 et 2025, environ 750 cyclistes sont verbalisés chaque année, principalement pour non-respect des zones piétonnes, des signaux lumineux ou pour avoir circulé sur les trottoirs.
En outre, les cyclistes sont également chaque année, impliqués dans une centaine d’accidents recensés par la police.
«Faux procès»
«Croire que les cyclistes ont une impunité est vraiment un faux procès. Toutes les statistiques montrent en effet que sur la route, la plupart des incivilités et des infractions sont commises par les automobilistes (excès de vitesse, utilisation du téléphone, alcool au volant) et que ce sont ces derniers qui représentent le plus de risques sur la voie publique, constate Yann Roth président de l’association Pro Vélo Lausanne. D’ailleurs, lorsque les cyclistes enfreignent les règles, c’est en général pour augmenter leur propre sécurité. Cela explique une de nos revendications majeures: mettre en place des infrastructures sécurisantes pour séparer les vélos du reste du trafic!»
Selon lui, l’idée d’équiper tous les vélos de plaques d’immatriculation serait, de surcroît, «une fausse bonne idée», apportant peu de bénéfices concrets pour la circulation.
«Nous estimons que cela va à l'encontre de la sécurité, car cette mesure représenterait un frein à la démocratisation du vélo et donc à la justification de la construction d’infrastructures supplémentaires pour les cyclistes, précise-t-il. C’est d'autant plus inutile que les verbalisations sont actuellement tout à fait possibles!»