INNOVATION • Sun-Ways, une start-up de la région lausannoise qui développe des centrales solaires amovibles à installer entre les rails ferroviaires, suscite l’intérêt de grandes entreprises étrangères, mais pas encore celui des TL ou des CFF. Explications.
C’est une petite start-up lausannoise, qui a tapé dans l’œil de la grande Société des chemins de fer français (SNCF). La compagnie ferroviaire hexagonale voit dans le travail de Sun-Ways, société basée à Ecublens, une belle occasion d’atteindre l’objectif qu’elle s’est fixé, soit d’installer 1000 hectares de panneaux photovoltaïques à l’horizon 2030. Et ce dans l’espoir de couvrir jusqu’à 20% de ses besoins énergétiques.
Cette collaboration a récemment été médiatisée sur BFM TV. C’est un joli coup de projecteur pour la start-up d’Ecublens, qui est soutenue par le canton et éveille déjà l’intérêt des chemins de fer italiens et du métro de Singapour!
Primée au salon des inventions
Lancée en 2023 et en instance d’être brevetée sur une dizaine de territoires représentant le 80% du marché, la technologie qu’elle propose part d’une question toute simple: pourquoi ne pas utiliser l’espace entre les rails d’une voie ferrée pour produire une l’électricité renouvelable?
Elle a germé dans l’esprit prolifique de Joseph Scuderi, fondateur de l’entreprise, alors qu’il attendait son train en gare de Renens. «Depuis tout gamin», le résidant d’Ecublens de 60 ans est «passionné par les inventions et l’innovation». Rapidement, il se rend compte qu’il n’est pas le premier à avoir envie de placer des panneaux solaires entre les rails. Mais il est en revanche le premier à l’avoir réalisé de manière à ce que ces panneaux soient amovibles. Ses prédécesseurs s’étaient tous arrêtés avant la phase de réalisation. Avec la solution Sun-Ways, le montage comme le démontage de ces «centrales photovoltaïques amovibles» est simple. Cela permet de ne pas entraver les habituelles et régulières opérations de maintenance sur les voies.
Joseph Scuderi n’est pas scientifique de formation. Il a fait sa carrière dans la communication et le marketing, notamment à la Romande Energie. C’est là qu’il s’est forgé une solide culture «énergétique» et le réseau étoffé, qui lui a permis de concrétiser son projet. Lequel a coûté jusque-là un million de francs et l’a vu remporter une médaille d’or au Salon International des Inven-tions de Genève en 2023. C’est là d’ailleurs, que la SNCF avait pris le bon train en marche…
Un contrat de collaboration technologique la lie désormais à Sun-Ways. À la demande de l’Office fédéral des transports, l’invention est conçue pour résister à des trains filant à 150 km/h. En avril dernier, un projet pilote permettant de la tester en conditions réelles a vu le jour sur les voies reliant Buttes à Neuchâtel. Budgétée 550’000 francs et impliquant le passage de 30 trains par jour, son lancement avait attiré des délégations israélienne, indonésienne, sud-coréenne, belge et française.
Dans l’air solaire du temps…
Joseph Scuderi bénéficie de l’expertise de Scheuchzer AG. Cette entreprise centenaire, basée à Bussigny, est pionnière mondiale dans la maintenance mécanisée sur rail. «Grâce à la machine qu’elle nous a fourni spécialement, Sun-Ways peut poser 1 km de panneaux par jour. Soit 1000 m2. En Suisse, notre technologie produit 200 MWh/km/an, soit la consommation de 60 foyers, et le coût moyen du kWh produit est pour l’instant de 10 cts. Généralisée à l’échelle suisse, nos panneaux produiraient 1 térawattheure», résume Joseph Scuderi. Pour l’instant, l’électricité ainsi produite est réinjectée dans le réseau, mais à court terme, elle viendra alimenter les trains. Le Lausannois, qui réside à deux pas du M1, aimerait que son invention puisse être adopté par les tl. «Ce serait super! Et elle est en tous cas en accord avec l’ambition de la Confédération, qui est de multiplier la production d’énergie solaire par 3 d’ici 2035…»