PATRIMOINE • Le célèbre pèlerinage menant à la capitale de la Galice, Saint-Jacques-de-Compostelle, attire de plus en plus de randonneurs et plus forcément croyants. L’étape lausannoise est connue pour être l’une des plus enivrantes. Nous l’avons parcourue.
A l’approche de la fête de Pâques et des beaux jours qui reviennent, c’est le moment idéal pour s’y lancer. D’autant que la «Via Jacobi» connaît un sucès qui ne cesse de croître année après année. En 1992, 10’000 pèlerins parcouraient cette route menant à Saint-Jacques-de-Compostelle. Ils étaient plus de 200’000 en 2013 et 438’000 en 2023! Le tronçon suisse, reliant sur 645 km le lac de Constance à Genève, s’appelle donc la Via Jacobi et passe par Lausanne.
Olivier Cajeux, de l’association suisse «Les Amis du Chemin de Saint Jacques», estime que l’étape lausannoise est l’une des plus belles. «C’est un bain de forêt! La seule sur ces 2000 km à arriver dans une grande ville en évitant zones industrielles ou quartiers d’habitation sans âme», explique-t-il.
Plus randonneurs que croyants
Son conseil est de démarrer à Montpreveyres. De là, la «balade» représente 28 km pour 6 à 8h. Sur le haut-plateau du Jorat, l’immersion dans la forêt, est immédiate car en 2023, l’itinéraire a été modifié et passe depuis par les Bois de Ban, loin de la route de Berne. La Via Jacobi correspond à l’itinéraire 4 de SuisseMobile et est balisée comme tel. Le symbole stylisé en jaune sur fond bleu de la fameuse coquille, arborée par les pèlerins, est parfois difficile à repérer. L’idéal est donc d’utiliser l’appli SuisseMobile.
Le chemin traverse le Parc Naturel du Jorat et flirte avec l’étang de la Bressone, qui vaut le court détour. Les chemins sont impeccables et de bonnes baskets lui résistent. Aucun oratoire ni église sur ce parcours, mais la nature impose parfois un sentiment de gratitude s’apparentant à une prière. «De nos jours, il est plutôt rare que la motivation du pèlerinage soit purement religieuse. La rando est l’un des sports préférés des Suisse et elle acquiert une dimension particulière dès lors qu’on enchaine plusieurs jours au contact de la nature. Mettre nos pas dans ceux de millions d’autres reconnecte à nos racines culturelles», explique Olivier Cajeux.
Passés le golf du Chalet-à-Gobet, la descente débute. Elle longe le Flon où un revigorante baignade nous appelle. La ville est proche mais nous restons en pleine nature. Nous pénétrons brièvement dans l’univers urbain en passant sous un viaduc autoroutier, puis quelque escaliers nous ramènent vers les bois de Sauvabelin, sa tour et sa vue à 360 degrés. On passe ensuite vers la Cantine, le Tribunal cantonal et la fondation de l’Hermitage. Plus loin, la tombe de l’ancien propriétaire des lieux Charles Auguste Bugnion attire par son épitaphe: «J’ai gardé la foi».
Temps suspendu
Après un passage au pied du Château Saint-Maire, où une statue du Major Davel, attire le regard, le marcheur s’arrête dans la cathédrale. Dans cet édifice gothique, les symboles jacquaires sont nombreux. On en trouve sur un dorsal de stalle de la chapelle Montfalcon. «Au XIIIe siècle, le pèlerinage revêtait une grande importance», rappelle Olivier Cajeux. La cathédrale constitue une halte appréciée pour le pèlerin. «Il y a des bancs, il y fait frais, on est abrité et en silence. Dans ce moment suspendu, les pas faits dans la journée résonnent en nous. On pense aux autres marcheurs croisés et à ceux qu’on aime», commente notre interlocuteur.
On poursuit ensuite vers les escaliers du marché, la place Saint-François, le parc de Montbenon et son esplanade offrant une vue envoûtante sur le lac. On s’enfile ensuite dans des ruelles résidentielles, parfois même méconnues des locaux. Une fois descendue la vallée de la Jeunesse, voici finalement Vidy où une baignade finale s’improvisera avec plaisir. Notons que Lausanne est aussi situé sur la Via Francigena, un pèlerinage religieux, reliant Canterbury à Rome. La capitale vaudoise est aussi une escale clé de l’historique sentier des Huguenots, que ces derniers avaient emprunté pour fuir la France lors de la guerre de religions du XVIe siècle.