BILAN • Après dix longues années de Municipalité, et à la tête d’un dicastère très dense comprenant la petite enfance, la jeunesse et les quartiers, le popiste David Payot quittera ses fonctions le 1er juillet prochain. L’occasion de faire le point sur une décennie particulièrement «intense».
Lausanne Cités: Vous avez annoncé très tôt ne pas vouloir vous représenter après deux législatures à la Municipalité. Pourquoi?
David Payot: De mon point de vue, être municipal est une fonction politique assez exceptionnelle, et qui plus est, l’une des rares dans le canton qui soit à plein temps. J’ai donc trouvé très sain qu’il y ait un renouvellement, surtout lorsqu’on appartient à un parti qui ne se définit pas comme un parti de gouvernement. Et puis, sur un plan plus personnel, j’ai une petite fille qui ne cessait de me demander quand j’aurais un travail qui me permettrait de ne pas finir trop tard le soir…
Comment avez-vous vécu les deux législatures qui viennent de s’écouler?
J’ai beaucoup appris sur la manière dont il faut travailler dans une grande administration pour pouvoir développer des services publics de manière optimale. Et puis, bien sûr, le rythme a été assez intense, mais un travail devient pénible quand on n’en a pas les moyens… Or à la Municipalité, je les ai toujours eus…
En tant qu’élu d’extrême-gauche, a-t-il été facile pour vous de trouver votre place au sein de la Muni?
Comme Pierre-Antoine Hildbrand, je suis le représentant d’un parti qui n’avait pas d’alliances acquises d’avance. Mais les relations dans le collège municipal ont été assez fluides pour que je puisse y trouver ma place.
Tout de même, les choses n’ont pas toujours dû être faciles…
Plus que ma fonction en tant que telle, ce qui était compliqué, c’était d’appartenir à un parti dont la représentation était contestée lors de ma première élection, avec le soupçon d’avoir été élu uniquement grâce à un ticket commun avec le PS et les Verts. C’est d’ailleurs cela qui a conduit à un changement de système électoral, avec la mise en place du bulletin unique. Les résultats aux dernières municipales ont bien montré que le POP était tout à fait capable de trouver sa place avec ces nouvelles règles du jeu.
Venons-en aux dossiers que vous avez eu à gérer. On vous crédite d’une bonne action dans le domaine de la petite enfance, en particulier pour le développement des places d'accueil de jour. Mais la situation reste tout de même tendue…
Dans ce domaine, nous sommes parvenus à un certain aboutissement, puisqu’on arrive désormais à répondre à l’essentiel de la demande. Mais il faut garder à l’esprit que les besoins vont continuer à évoluer avec la démographie et le fait que de plus en plus de familles ont recours à l’accueil de jour. Les succès obtenus ne justifient donc pas que l’on arrête le questionnement sur les besoins qui vont continuer à s'exprimer, et qu’il faudra surtout veiller à anticiper…
On vous reproche aussi de ne pas avoir réussi à moderniser assez rapidement le parc scolaire…
Il s’agit d’un domaine où il est important de prendre le temps de comprendre les besoins et d’opérer une planification sur le long terme. Il a fallu développer une action sur la rénovation et l’assainissement énergétique des bâtiments scolaires mais nous avons aussi souhaité mener une réflexion sur ce qu’ils pouvaient apporter aux usagers. C’était par exemple le sens de notre démarche sur les préaux scolaires que l’on veut transformer en espaces publics pour les enfants et pour l’ensemble des quartiers.
En parlant de quartiers, on a le sentiment que c’est là que vous avez donné votre pleine mesure, avec des innovations comme les contrats de quartier, la Caravane des quartiers ou le budget participatif…
Les quartiers, c’est pour moi le domaine par excellence où l’on doit réfléchir et agir sur la manière dont on conçoit la politique et la démocratie, sur le fait de pouvoir donner du pouvoir à la population, qui est un enjeu essentiel. Beaucoup d’actions existaient déjà dans les quartiers, mais il était important de reconnaître leur valeur, tout en les engageant dans un mouvement plus global pour les renforcer…
En même temps, vos relations avec la Fondation pour l’animation socioculturelle (FASL) n’ont pas toujours été au beau fixe…
Les tensions avec la FASL s’inscrivent dans une dynamique plus grande par laquelle il s’agissait pour moi de reconnaître le travail des professionnels de l’animation socio-culturelle, tout en les incorporant dans des manières de travailler plus larges. Les médias ont beaucoup parlé des moments de défiance comme en 2020-2021, mais il y a eu également énormément de moments de confiance aussi. Depuis 2025 et le rapport préavis qui a clarifié la vision de la Municipalité, les relations ont ainsi tendance à se pacifier: une vision commune a été posée et les services de la Ville sur le terrain reconnaissent toute la richesse et la diversité de l’animation socioculturelle. On devrait donc au final parvenir à de très bonnes collaborations et à une action de terrain encore plus solide et cohérente.
L’une de vos dernières grandes décisions a été de confier la coordination du site de la Valencienne à une nouvelle faîtière associative pour les saisons 2026 et 2027. Est-ce un cadeau empoisonné ou une manière de tenter d’assainir la situation?
À la Valencienne, certains acteurs défendent le lien social lorsqu’il correspond à leur propre logique mais contestent celle des autres usagers, alors qu’un terrain d'entente est tout à fait possible. Il restera beaucoup de travail à faire pour que chacun trouve sa place et que certains acteurs fassent le deuil de la manière dont ils imaginaient la vie sur place. Quant à la Ville, dont la première idée était qu’une seule organisation pouvait assurer la gestion du site, elle a aussi évolué sur sa manière de concevoir le dispositif, en allant vers une gouvernance qui rassemble plusieurs organisations.
Quel conseil donneriez-vous à Xavier Roth qui va vous succéder?
Dans le monde politique, on prétend souvent que le modèle adéquat est celui d’un politicien qui doit détenir un maximum de pouvoir et éviter que l’administration en ait trop. Penser cela, c’est se priver de ressources pour identifier les besoins, les difficultés et avancer. Ma direction regroupe quasiment un tiers du personnel de la Ville et elle est en lien avec de très nombreuses associations et acteurs du monde citoyen. Ces deux éléments représentent une ressource incroyable avec laquelle il faut absolument collaborer.
Quelle suite allez-vous donner à votre parcours après la Muni?
Je suis en recherche d’emploi, avec le souhait de trouver de nouvelles manières de m'investir sur les plans professionnel, associatif et militant.