POLITIQUE • Après une année chez Les Verts, Thomas Tedesco décide de claquer la porte du parti écologiste. Pour lui, le parti manque d’honnêteté avec ses membres et ses électeurs. Il dénonce de la censure ainsi qu’une atmosphère oppressante.
Lausanne Cités: Pourquoi quitter Les Verts aujourd’hui?
Thomas Tedesco:J’avais rejoint Les Verts parce que je croyais sincèrement aux valeurs qu’ils défendent. L’écoute, l’inclusion, la liberté d’expression, la participation citoyenne… Au fil des mois, j’ai découvert un fonctionnement qui m’a beaucoup déçu. J’ai parfois eu le sentiment qu’il fallait surtout être d’accord, suivre la ligne et éviter de trop questionner certaines décisions. Or, je ne me suis pas engagé en politique pour apprendre à me taire. Ce qui me dérange le plus, ce n’est même pas d’avoir été en désaccord avec certaines personnes. C’est le décalage entre les valeurs qu’on défend publiquement et la manière dont elles sont parfois appliquées à l’intérieur du parti. Et lorsqu’on prétend défendre certaines valeurs, il faut commencer par les appliquer chez soi.
Quels événements vous ont fait réaliser que vos valeurs différaient?
Mes convictions n’ont pas changé. C’est plutôt la façon dont ces valeurs sont appliquées au sein du parti qui m’a interpellé. Ma candidature au comité a été un véritable déclic. J’avais répondu à un appel à candidatures. Mais j’ai découvert que la présidence avait déjà prévu de soutenir une liste de dix candidats, dont je ne faisais pas partie. On m’a expliqué que ma candidature ne serait pas soutenue, notamment en raison d’un manque de confiance. J’ai eu le sentiment que tout était déjà organisé en amont, que j’étais le candidat de trop. Et ce qui m’a surtout déçu, c’est que j’avais déjà partagé mes réflexions et plusieurs propositions pour faire évoluer les choses, sans avoir réellement le sentiment qu’elles aient été entendues. Ce départ ne se résume donc pas à une candidature non soutenue.
D’où est venue cette rupture de confiance?
Cela remonte aux élections communales. Un journaliste de Blick m’avait contacté pour commenter les résultats. J’ai répondu franchement: si Les Verts avaient perdu des sièges, c’était aussi parce que nous n’avions pas réussi à convaincre suffisamment les électeurs. J’avais proposé à la présidence de relire mes citations avant leur transmission, ce à quoi on m’a répondu que, de toutes façons, mon témoignage serait noyé dans la masse. Alors j’ai envoyé mes réponses. Les réactions de la présidence sont arrivées après coup, notamment avec une série de messages en pleine nuit me reprochant mes propos. Je trouve ça dommage. On ne devrait pas avoir peur de dire qu’on s’est trompé ou qu’une campagne n’a pas fonctionné. Les électeurs ne sont pas idiots. Ils n’attendent pas des responsables politiques qu’ils aient toujours raison, ils attendent qu’ils soient honnêtes. Ce décalage, je l’avais déjà ressenti sur le terrain. Sur les stands, on m’avait notamment surnommé «Thomas Police», de manière dépréciative, parce que des policiers s’arrêtaient régulièrement pour discuter avec moi. Mais pourquoi faudrait-il choisir avec qui on a le droit de discuter?
Qu’est-ce qui n’a pas fonctionné pendant la campagne?
Je pense qu’on a parfois perdu de vue les préoccupations concrètes des Lausannois. J’ai eu le sentiment que l’objectif était avant tout de préserver nos sièges à la Municipalité, nos listes et nos alliances. Évidemment qu’une campagne sert à gagner des élections. Mais pour quoi faire, si on ne prend plus suffisamment le temps d’écouter les gens? Je me souviens notamment de mon premier stand, où nous récoltions des signatures pour un projet commémoratif lié aux victimes des chasses aux sorcières. Ce jour-là, je me suis demandé comment nous pouvions aussi donner davantage de place aux préoccupations très concrètes des personnes rencontrées, notamment le logement, la sécurité ou la qualité de vie dans les quartiers.
Qu’allez-vous faire maintenant?
Je quitte Les Verts, mais pas la politique car je suis incapable d’arrêter de m’engager pour Lausanne. Je vais donc continuer mais différemment, pour redonner aux habitants l’envie de s’intéresser à leur ville, de participer aux décisions, de proposer des idées et surtout de croire que leur engagement peut faire bouger les choses. J’aimerais pouvoir montrer à ceux qui ont perdu confiance dans la politique qu’ils ont encore toutes les raisons de s’engager. Que ce n’est pas réservé aux élus. Je ne sais pas encore sous quelle forme mon engagement se poursuivra. L’idée de contribuer à un mouvement citoyen local, indépendant des clivages traditionnels, me parle beaucoup, mais rien n’est décidé. Et je tiens aussi à dire que je ne renie pas toutes les personnes rencontrées chez Les Verts. J’ai notamment beaucoup apprécié mes échanges avec Natacha Litzistorf, qui, quand je lui ai annoncé mon départ, m’a répondu avec beaucoup de bienveillance.
Vous dénoncez un fonctionnement qui coupe les têtes qui dépassent. S’agit-il d’un problème propre aux Verts?
Mon expérience concerne Les Verts lausannois. Mais je crois qu’il y a un problème plus large dans notre façon de faire de la politique, notamment à l’échelle communale. Les partis sont liés à des stratégies cantonales, fédérales, à des alliances, à des impératifs électoraux. Je peux comprendre cette réalité. Mais il ne faudrait pas oublier les préoccupations des habitants. Il est aussi problématique qu’il soit compliqué de remettre en question le travail d’un municipal simplement parce qu’il appartient à notre propre parti. On devrait pouvoir soutenir une bonne décision, d’où qu’elle vienne, et critiquer une mauvaise décision, même si elle vient de notre propre camp. Un municipal reste un élu au service de la population, pas de son parti. Et c’est là que je pense qu’il manque quelque chose.
«Ces différents auraient dû se régler en interne»
La présidence des Verts est accusée de censure, notamment suite à l'article publié dans Blick en mars. Que répondez-vous?
Ilias Panchard, président des Vert-e-s lausannois: Je comprends parfaitement la déception d’un candidat non élu alors qu’il s’est fortement investi dans la campagne. Mais ses critiques publiques contre son propre parti au lendemain d’une élection et entre les deux tours ont suscité une grande incompréhension chez de nombreux membres. Cela aurait été le cas dans n’importe quel autre parti.
Par rapport à sa candidature au comité, Thomas Tedesco dénonce une élection décidée d'avance. Tous les membres des Verts peuvent-ils se présenter au comité et comment se déroule une candidature?
L'élection au comité se fait lors de notre assemblée générale ordinaire. Chaque membre peut candidater à l'avance ou se présenter spontanément lors de l’AG. Si le nombre de candidat-e-s dépasse le nombre statutaire de membres du comité, l'élection se fait par bulletin secret. Cela a été le cas lors de cette AG. Il a pu présenter sa candidature au comité dans les mêmes conditions que tous les autres candidat-e-s. Les membres présents ne l’ont simplement pas élu.
Comment décririez-vous la collaboration avec Thomas Tedesco?
Il s’est beaucoup investi dans la campagne et a co-organisé des actions. Nous regrettons que ces différends n'aient pu se régler en interne, malgré la tentative de conciliation par un membre du comité. Nous lui souhaitons une bonne continuation dans son engagement important pour son quartier.