«L’IA aide à écrire 
de très bons livres»

Rédigé par
Charaf Abdessemed
Société

ÉDITION • Âgé de 58 ans, le Lausannois Richard Pereira lance «Le troisième interlocuteur», une maison d’édition particulière qui assume et même revendique l’usage de l’intelligence artificielle pour la rédaction de livres. Rencontre avec un touche-à-tout passionné et sans doute précurseur.

Lausanne Cités:Comment vous est venue l’idée de lancer cette maison d’édition si particulière?
Richard Pereira:J’ai observé qu’autour de moi, de nombreuses personnes écrivaient mais n’en faisaient rien, en pensant que leur travail n’était pas assez bon. Il se trouve que moi, féru de science-fiction depuis toujours, je suis un utilisateur de l’IA depuis ses débuts. Et je me suis dit qu’on pouvait l’utiliser pour travailler sur des manuscrits. Et c’est là que j’ai découvert que dès lors que l’on a quelque chose d’intéressant à raconter, on peut aboutir à de très bons livres et sans avoir besoin d’avoir suivi des études de lettres! Car si on associe une histoire avec le potentiel de l’IA utilisée avec compétence, on obtient d’excellentes choses.

Cela semble paradoxal, mais votre maison d’édition organise également des ateliers d’écriture.
Ce ne sont pas à proprement parler des ateliers d’écriture. En fait, nous avons créé une application dans laquelle l’IA joue le rôle de l’éditeur, en accompagnant l’auteur dans son écriture et dans la réalisation de son livre.

Ne craignez-vous pas qu’avec l’IA, tous les contenus finissent par se ressembler?
Pas du tout, surtout si on sait utiliser l’intelligence artificielle avec ses différents niveaux! Il faut aussi garder à l’esprit que l’IA est tout à fait capable d’apprendre à partir de votre propre manière d’écrire!

Votre maison d’édition arrive au moment où éclate la controverse de l’écrivain canado-haïtien Thélyson Orélien, accusé d'avoir utilisé l’intelligence artificielle pour son roman «C’était ça ou mourir»…
Oui, c’est un concours de circonstances, mais très intéressant. Car pour moi, il faut juger un livre à la qualité de son contenu et pas à son processus de fabrication. D’autant qu’écrire un livre avec l’IA ne veut absolument pas dire que l’on n’a pas travaillé! Je suis convaincu que bien des maisons d'édition éditent des livres avec l’aide de l’IA, à un moment ou un autre du processus. Rien que pour le travail de documentaliste son apport est incroyable. Par exemple, l’IA est capable d’effectuer le travail que faisaient les vingt documentalistes auxquels avait recours le célèbre auteur de best-sellers Paul-Loup Sulitzer!

Donc en fait, votre démarche permet de sortir de l’hypocrisie ambiante…
Absolument, même si je suis conscient que nous sommes à contre-courant. Avec mes collaborateurs, nous travaillons sur ce projet depuis deux ans et on va voir comment sont reçus nos ouvrages, en dehors de la tempête médiatique qui agite le petit milieu parisien de l’édition. Je reste convaincu que ce que souhaitent les gens, ce sont de bons livres avec de bonnes histoires! Nous proposons donc un chemin qui permet de sortir de l’hypocrisie tout en étant totalement transparents sur l’usage de l’IA, ses différents niveaux d’utilisation et en sourçant tous nos livres, ce qui n’est pas si fréquent. Pour moi, l’IA est inéluctable et s’y opposer revient à adopter l’attitude des copistes et des enlumineurs du Moyen Âge qui se sont opposés, en vain, à l’imprimerie!  

Quels types d’ouvrages éditez-vous?
De toutes sortes, car notre catalogue est très vaste et en plusieurs langues, allant de la santé à la jeunesse en passant par la géopolitique, sans oublier bien sûr des romans, dont certains se passent à Lausanne comme «Grillon - 2050–2178, Une vie au temps des intelligences artificielles». Je suis d’ailleurs particulièrement fier de notre tout premier livre «Je vous ai observés, chronique d’une IA sur l’espèce humaine» dont l’angle est une vraie première mondiale, car l’IA s’y exprime sur des sujets qu’elle a elle-même fait émerger. Son auteur, Ricardo Borges, en donnant à cette parole un corps, une forme littéraire et une cohérence d’ensemble, en a fait un livre accessible à tout le monde.

Reste un paradoxe. Vos livres sont édités en format papier et non en numérique, pourquoi?
Tout simplement parce que je suis un vieux con (rires)! J’ai énormément de peine à lire un ebook et j’ai besoin de la matérialité de la parole sous la forme d’un livre papier! En fait, notre stratégie, c’est, dans un premier temps, de laisser vivre chaque livre papier, et puis éventuellement d'enchaîner avec un format numérique. 

Éditions Le troisième interlocuteur,  Rue de la Pontaise 26, 1018 Lausanne.  Les ouvrages peuvent être commandés  directement à un prix promotionnel sur  le site www.letroisieme.ch  

En savoir plus