Xavier Roth, le boucher devenu la voix des précaires

Rédigé par
Thomas Lécuyer
Lausanne

MUNICIPALES 2026 • Issu d’une famille d’artisans et aujourd’hui enseignant au secondaire, le popiste Xavier Roth  a fait de ses combats et de ses idéaux une boussole politique. Il défend une gauche ancrée dans le réel.

Lausannois de naissance, Xavier Roth a grandi bien loin du sérail de la politique, au sein d’une famille d’artisans, avec des parents bouchers à Lutry, à la tête d’un commerce installé dans la petite ville aux portes du Lavaux depuis plus de quarante ans. «On le sait, en général, les artisans ne sont pas réputés pour être des fieffés gauchistes», sourit celui qui se retrouvera bientôt étiqueté POP (Parti Ouvrier et Populaire). Paradoxalement, c’est ce monde du travail, rude et exigeant, des artisans qui ne comptent ni leurs efforts ni leurs heures pour arriver à préserver leurs affaires et leur indépendance, qui a forgé très tôt son regard politique. 
Faire société
Il se souvient de ses parents, infatigables au travail (toujours fidèles au poste à 72 ans!), de son père rentrant le 24 décembre après avoir enchaîné 48 heures d’affilée sans revenir à la maison, épuisé, et garde en mémoire une réalité économique souvent fantasmée: «Les gens pensent qu’on s’en met plein les poches parce que la viande est chère, mais quand vous regardez les marges concrètement… c’est difficile.» 
Xavier Roth ne se construira jamais en opposition de cet héritage familial, et travaillera lui-même en boucherie pendant deux ans pour se confronter à la réalité du métier et du monde du travail. De là naîtra une prise de conscience progressive, nourrie par la lecture et l’observation: quelque chose ne tourne pas rond dans cette course permanente au profit, à la croissance infinie, au plus, plus, plus, toujours plus. Devenu enseignant au secondaire, il travaille aujourd’hui dans des classes d’accueil, avec des adolescents âgés de 15 à 17 ans et parfois très «rock’n’roll», comme il le dit lui-même. 
«Rock’n’oll», on sent que c’est un univers qui lui parle, la faute peut-être à ses tatouages, ou à la guitare électrique qui trône dans son salon. «Ce sont des enfants à fleur de peau, mais pleins de potentiel, souvent marqués par l’exil. J’ai des élèves ukrainiens, kurdes, érythréens ou éthiopiens. Les rencontrer, les accompagner, ça influence vraiment votre pensée, votre vision du monde», confie-t-il, défendant une voie engagée et humaniste de l’action politique: «La noblesse première de faire société, c’est de partir des besoins des gens les plus vulnérables, de les aider, et puis petit à petit de remonter la pyramide. Le système actuel fait l’inverse, défendant d’abord les intérêts du haut de la pyramide.»
Xavier Roth s’agace d’un débat public qui parle sans cesse des conséquences de la vulnérabilité sociale ou économique – précarité, pauvreté, dépendances, santé mentale et physique – sans jamais en interroger les causes. «On fait par exemple des articles tous les jours pour dire qu’il y a de plus en plus de burn-out et de dépressions, sans jamais poser la question du pourquoi et surtout agir en conséquence.» Pour lui, la politique doit protéger les plus faibles, à travers des engagements forts dans le logement, la santé, l’école, l’entraide, faute de quoi les trajectoires individuelles peuvent basculer. «Une fois que vous êtes sorti de la société, c’est extrêmement dur de revenir vous chercher».
En finir avec la course permanente au profit
Lausannois engagé, il vit la ville comme un espace de luttes concrètes, mais aussi comme le lieu idéal pour fabriquer du lien social. Musicien amateur – saxophone pendant vingt ans, puis basse et guitare – il voit la culture comme un besoin vital, et souligne l’importance de se battre pour la richesse de l’offre culturelle: «Trop de lieux alternatifs disparaissent sous la pression de la rentabilité. C’est le rôle des pouvoirs publics de protéger cette richesse, cette diversité. J’aime Lausanne car elle reste un bastion de solidarité, avec un fort ancrage à gauche depuis de nombreuses années, mais je m’inquiète aussi de sa gentrification et de la spéculation immobilière. Le petit artisan ne peut pas suivre l’explosion des loyers. Là aussi, on doit agir.» On l’aura compris, Xavier Roth veut en finir avec la «course permanente au profit», qu’il décrit comme un système global, quasi mécanique, où une minorité concentre le pouvoir et les richesses. Celui qui se décrit comme «un gars désespérément normal», mû par une colère lucide et une fidélité aux milieux populaires, lit beaucoup, réfléchit énormément, et a toujours besoin d’occuper son cerveau en faisant des analyses, de la musique, ou des Lego. On sent que ça bouillonne. Qu’il soit élu ou non, il l’affirme sans détour : «Si je ne suis pas élu en mars, je n’arrêterai pas de me battre pour autant.» 

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