FOOTBALL • Créée il y a plus d’un an par le Lausanne Sport, l’équipe inclusive LS4ALL accueille des personnes neuroatypiques de tous âges. Jean-Marie Perret, président du FC Épalinges et bien implanté dans le football de la région lausannoise, est à la tête de cette équipe pas comme les autres. Reportage.
Ce jeudi matin à la Tuilière, le Championnat Suisse de Foot des Polices bat son plein, mêlant français et suisse-allemand à travers les différents terrains. Mais sur le terrain numéro deux, c’est une équipe bien de chez nous qui s’entraîne. Une fois par mois depuis une année, une vingtaine de joueurs neuroatypiques vient s’entraîner avec le club LS4ALL, fruit du projet inclusif «On s’en foot».
«Nous allons beaucoup travailler sur le un contre un ou le deux contre deux, explique Jean-Marie Perret, entraîneur de l’équipe. Et on finit toujours par un match, car il faut conclure par quelque chose de très lisible pour eux, et surtout, dans la joie.» Et ce matin, c’est l’euphorie qui domine: quelques-uns de ces joueurs reviennent des National Games de Zoug, où ils concouraient à des compétitions adaptées à leur neuroatypie.
Les médailles encore accrochées autour du cou, l’équipe immortalise sa fierté avant le début de l’entraînement. «Je suis un joueur avant tout, explique Alexandre, capitaine de l’équipe depuis un peu moins d’un an. Et même si les gens croient que le capitaine est le meilleur joueur, je leur dis que non. C’est un rôle important hors du terrain et sur le terrain». «Ça fait quelque chose de jouer au foot, se réjouit Adrien, attaquant. C’est mon grand-père qui m’a donné ce don, et je suis content de jouer dans cette équipe magnifique. C’est un peu comme ma famille.»
Une famille également pour Susie, la seule joueuse et gardienne hors pair de l’équipe. «Je ne suis pas là depuis très longtemps, mais je suis contente de représenter l’équipe et de montrer que nous aussi, on vaut quelque chose. On est capable de faire ce que tous les autres gens font dans la vie de tous les jours.»
Tous horizons, un seul maillot
Tous les joueurs viennent d’institutions différentes à travers le canton de Vaud et évoluent dans un championnat adapté. Et avec cette nouvelle équipe, ils pourront participer à la Swiss Inclusive League, gérée par la Swiss Football League et qui voit s’affronter des équipes inclusives d’autres clubs de Suisse. «Cela s’appelle «inclusive» parce que des jeunes neurotypiques se mélangent à nous. Mais qui dit profil atypique dit également circonstances adaptées.
«Il faut être sûr que tout soit planifié, clair et lisible. Il faut éviter les frustrations qui peuvent les mettre en situation de non gestion émotionnelle, qui est difficile à gérer avec eux. Nous avons un rituel, avec un échauffement qui est toujours le même, et on leur explique toujours bien le déroulé». Pour les compétitions avec du public, des pamires sont mises à disposition. Président du FC Épalinges depuis une dizaine d’années et éducateur spécialisé à l’Espérance à Étoy, Jean-Marie Perret a saisi l’opportunité d’allier ses deux casquettes. «Il y a déjà une équipe de foot à Étoy, et ce sont des jeunes qui vibrent pour le football de la même manière que ceux du club d’Épalinges. Ils ont les mêmes stars en photo dans leur chambre, s’énervent de la même manière quand leur équipe perd. Et l’idée était de les faire se rencontrer. On m’a toujours dit que ça ne marcherait pas.» Sa réponse? «On s’en fout!», devenu, par la suite, «On s’en foot». «Depuis les débuts il y a huit ans, la collaboration entre neurotypiques et atypiques a vraiment bien pris. Une vraie complicité s’est créée».
À l’avenir, Jean-Marie Perret espère ouvrir une deuxième, voire une troisième équipe au sein du club. Pour ce faire, il faudra davantage de moyens, surtout qu’il entraîne ses joueurs sur son temps libre.