Un Lausannois transforme les déchets abandonnés en barbecues nomades

Rédigé par
Fabio Bonavita
Lausanne

RÉCUPÉRATION • Depuis 2021, un habitant d’Ouchy récupère des objets abandonnés dans les rues de la ville pour fabriquer des grils mobiles destinés aux pique-niques au bord du lac. Entre bricolage et démarche écologique, il rêvait de créer un système de location de barbecues nomades. Un projet refusé par la Ville, mais qu’il continue de faire vivre à sa manière.

Dans les rues de Lausanne, certains passent devant une vieille boîte aux lettres rouillée ou un trolley abandonné sans même les regarder. Lui s’arrête. Il observe, imagine, récupère. Depuis 2021, Manuel Jubin,  graphiste indépendant de 49 ans, transforme ces objets délaissés en grils mobiles, pensés pour accompagner les pique-niques au bord du Léman.
L’histoire débute modestement. «J’en ai fait un pour moi-même que j’utilisais pour aller pique-niquer», raconte-t-il. À l’époque, il s’agissait d’un simple bricolage personnel: un barbecue artisanal monté sur roulettes, facile à transporter. 
Trois jours de boulot 
Mais l’idée prend rapidement de l’ampleur. Chaque été, depuis sa fenêtre d’Ouchy, il observe la même scène se répéter: des barbecues jetables envahissent les rives du lac, utilisés quelques heures à peine avant d’atterrir à la poubelle. Ce gaspillage provoque en lui un déclic. Il imagine un système de location destiné aux pique-niqueurs. «À l’époque, je me suis dit que j’allais soumettre mon idée au budget participatif lausannois en proposant dix exemplaires à louer aux personnes qui veulent aller griller leur saucisse au bord du lac: ils viennent, paient la location, puis ramènent le gril ensuite.» 
Dans son esprit, le concept aurait pu devenir un véritable «parc de grils» partagé, une alternative locale et durable aux modèles jetables. Mais son idée se heurte à la réalité administrative. «La Ville m’a refusé le droit d’accéder au domaine public. Ils m’ont répondu qu’il y a déjà des grils fixes. Mais ces derniers ne suffisent pas à répondre au besoin!» 
Logique de récupération
Faute d’autorisation, la location tombe à l’eau. Il se tourne alors vers la vente de ses créations via son site, www.brazero.ch, une activité artisanale qui reste marginale. «Je ne gagne rien avec ça», reconnaît-il. Car derrière ces objets insolites se cache un important travail manuel. «Il faut compter un jour pour construire un gril, un autre pour le décaper et un dernier pour le peindre, donc au moins trois jours de boulot par exemplaire», explique-t-il.
Chaque pièce demande patience, précision et adaptation aux matériaux disponibles. En effet, les grils naissent tous de la récupération. 
La structure principale provient souvent d’anciennes boîtes métalliques   (boîtes aux lettres, à sous ou caisses en fer), auxquelles il associe un châssis récupéré (tabouret, chaise ou petite table) et un élément roulant, généralement un trolley à commissions ou un diable. Certains modèles intègrent même une glacière afin de transporter nourriture et boissons dans un seul objet. Chaque création dépend des trouvailles faites au hasard des rues lausannoises. «Je travaille avec ce que je trouve», résume-t-il. Une logique de récupération qui fait de chaque gril une pièce unique.
Nouveau projet en vue
Aujourd’hui, onze modèles différents ont déjà vu le jour. Tous racontent à leur manière une autre manière de consommer: récupérer plutôt que jeter, réparer plutôt que remplacer. Et Manuel Jubin ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. Son prochain projet s’éloigne du barbecue tout en restant fidèle à sa philosophie du réemploi. Il travaille désormais sur des remorques pour vélos capables de se transformer en caddies de courses une fois détachées. 
Une nouvelle invention, née une fois encore d’objets abandonnés et d’un regard capable de voir, dans les déchets urbains, des outils pour demain. 

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