«Toxic», la série qui plonge Lausanne 
au cœur d’une catastrophe écologique

Rédigé par
Thomas Lécuyer
Culture & Loisirs

SÉRIE RTS • Et si le lac Léman devenait dangereux et l’eau du robinet impropre à la consommation? Avec «Toxic», nouvelle série en six épisodes à retrouver dès le 4 octobre sur la RTS, Véronique Reymond et Stéphanie Chuat transforment Lausanne en décor d’un inquiétant récit d’anticipation. Mais derrière la contamination mystérieuse, les deux réalisatrices racontent surtout des êtres ébranlés dans leurs certitudes, leurs couples et leur désir d’avenir. Rencontre avec un tandem qui aime confronter l’intime aux grands bouleversements du monde.

Lausanne Cités: «Toxic» brasse de nombreuses thématiques, de l’urgence écologique aux difficultés du couple, en passant par la parentalité. Quelle a été l’étincelle de départ?
Véronique Reymond et Stéphanie Chuat: Au départ, c’était vraiment la question écologique. Nous voulions utiliser cette image de carte postale de la Suisse, avec ce lac magnifique et cette impression d’être dans un pays confortable, protégé, qui échappe aux catastrophes. Nous voyions des images de villes, notamment au Mexique, où les habitants ne pouvaient plus boire l’eau du robinet et devaient aller s’approvisionner ailleurs. Nous nous sommes demandé: que se passerait-il si cela arrivait chez nous, à une population qui n’est absolument pas habituée à ce genre d’événement?

La série a été imaginée il y a presque dix ans. L’été 2026 a été éprouvant, caniculaire, avec un lac plus chaud que jamais. La réalité semble avoir rattrapé votre fiction…
Oui en effet, au fil du développement de la série, les évènements climatiques toujours plus forts se rapprochaient de notre scénario, à tel point que nous craignions que la RTS stoppe le développement du projet. Car si «Toxic» est une série d’anticipation, nous voulions rester dans quelque chose de réaliste. Heureusement, la RTS tenait à ce projet.

Vous n’avez donc pas voulu faire une série catastrophe à l’américaine?
Non. Ce qui nous intéresse, ce sont les personnages et la manière dont un événement provoque un séisme dans leur existence. Roxane (Ophelia Kolb), est toxicologue et investigue sur l’origine de la contamination, son mari David (Grégory Montel) est inspecteur à la PJ et cherche des responsables, tandis qu’une enfant disparaît. Tous ces personnages sont liés. Nous voulions raconter simultanément les dimensions scientifique, criminelle et surtout émotionnelle de la catastrophe. C’est ce vécu humain qui nous éloigne du pur film de genre.

Il y a aussi cette question qui traverse la série: quel monde allons-nous laisser à nos enfants?
C’est une question qui se pose énormément aujourd’hui. Certains jeunes vont jusqu’à remettre en question leur désir d’enfant face à un monde devenu anxiogène sur les plans climatique, politique ou économique. Et parallèlement, nous restons des mammifères avec ce désir de transmettre et de donner la vie. C’est une contradiction très forte. D’ailleurs, aucun autre mammifère ne détruit son habitat comme nous le faisons. Nous devrions peut-être renouer avec cet instinct qui consiste d’abord à protéger notre environnement.

Une fiction comme «Toxic» peut-elle contribuer à une prise de conscience écologique?
Nous ne voulions surtout pas faire une série moralisatrice ou culpabilisante. Elle pose des questions, elle place des êtres humains imparfaits face à un phénomène inédit qui les ébranle profondément. Si elle peut sensibiliser certaines personnes, nous en serons évidemment ravies. Il faut aussi pouvoir regarder «Toxic» pour se divertir, au sens noble du terme, se laisser emporter par une histoire, des personnages et de multiples intrigues.

Le Léman est un personnage à part entière de la série. Comment l’avez-vous filmé?
Nous avons énormément travaillé sa présence, avec des plans de drone, des lumières rasantes, mais aussi des images subaquatiques. Nous voulions à la fois montrer sa beauté et faire sentir une menace. L’univers sonore et la musique jouent aussi un rôle fondamental : nous préférons souvent suggérer le danger plutôt que le montrer frontalement.

Comment avez-vous donné de l’ampleur à la contamination avec les moyens d’une production suisse?
Nous avons eu une chance extraordinaire. Au moment du tournage à Lausanne, les services d’urgence organisaient justement leur exercice annuel avec ambulances, tentes médicales, policiers, pompiers et urgentistes. Ils sont entrés dans notre scénario et nous avons pu utiliser leur infrastructure. Cela apporte une précision difficile à reproduire uniquement avec des figurants: dans le milieu médical, notamment, le geste professionnel se voit immédiatement.

Le tournage semble avoir été très intense…
Très intense! Nous avions 45 jours pour tourner six épisodes de 42 minutes, avec énormément d’extérieurs et une météo dont nous étions totalement dépendantes. Nous avons parfois dû transformer des scènes extérieures en scènes intérieures. Et «Toxic» mélange l’intime avec des séquences beaucoup plus ambitieuses. Il fallait donc constamment s’adapter.

Grégory Montel et Ophelia Kolb, que l’on peut retrouver dans la série culte «Dix pour cent» forment le couple central. Pourquoi eux?
Nous avions rencontré Grégory sur «Transatlantic», série Netflix que nous avons réalisée, et nous avons immédiatement eu envie qu’il soit David. Cela n’a jamais changé et il est resté fidèle au projet pendant tout son développement. Ensuite, nous avons cherché Roxane. Nous avions adoré Ophelia dans «Dix pour cent». Dès leur première lecture ensemble, quelque chose a fonctionné. On croit immédiatement qu’ils forment un vrai couple et, pour nous, c’est essentiel.

La distribution fait également la part belle aux comédiens romands.
Oui, et nous tenions à travailler avec les talents de la région. Il y a notamment Felipe Castro, Camille Figuereo, Karim Barras, mais aussi de nombreux comédiens romands dans les rôles secondaires. C’est une série tournée presqu’intégralement en région lausannoise, mais ses thématiques et ses personnages sont suffisamment universels pour qu’elle puisse voyager.

Finalement, derrière le virus et la catastrophe écologique, «Toxic» reste avant tout une histoire de personnages?
Absolument. C’est ce que nous travaillons le plus. Nous espérons que le public va s’identifier à eux, à leurs contradictions et à ce qu’ils traversent. Une catastrophe bouleverse une existence, mais les gens continuent à vivre, à aimer, à se séparer, à chercher des refuges. C’est précisément cette humanité-là qui nous intéresse: ce que nous devenons lorsque tout ce que nous pensions stable commence soudain à vaciller.

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