COLÈRE • Des usagers réguliers du bois de Sauvabelin dénoncent depuis plusieurs années le passage de véhicules motorisés sur des chemins forestiers interdits à la circulation. La Ville assure effectuer des contrôles réguliers et annonce un renforcement des patrouilles. Mais les promeneurs réclament surtout des mesures concrètes pour empêcher les voitures d’entrer.
«Devons-nous attendre un accident avant que vous ne preniez des dispositions pour bloquer les entrées?» Posée à la Ville de Lausanne par une habitante de Sauvabelin en octobre 2025, la question résume l’exaspération grandissante des usagers du bois, où des voitures s’aventurent régulièrement sur des chemins qui ne leur sont pas destinés.
Cette riveraine assure avoir vu, à plusieurs reprises, des véhicules s’engager sur ces sentiers pourtant interdits à la circulation. «Les promeneurs et joggeurs se retrouvent régulièrement à devoir demander aux automobilistes de rebrousser chemin», témoigne-t-elle. Non sans une pointe d’inquiétude: et si l’un de ces véhicules, lancé trop vite, finissait par percuter quelqu’un?
Barrières demandées
Le problème dépasse largement l’anecdote. À Sauvabelin, chemins forestiers riment avec sécurité et tranquillité: familles, enfants, joggeurs et propriétaires de chiens s’y croisent chaque jour, sur des sentiers étroits qui n’ont pas été pensés pour la circulation motorisée.
Dès qu’un véhicule surgit, tout le monde doit se ranger pour le laisser passer, parfois en plein virage ou à la sortie d’un fourré, sans visibilité. Excédés, plusieurs usagers ont multiplié les appels à la Ville ces dernières années, avec une demande claire: poser des barrières ou tout autre dispositif empêchant l’entrée des véhicules non autorisés.
La Ville avait pourtant semblé prête à agir. Dans une réponse écrite adressée à une habitante en octobre dernier, le Service des parcs et domaines annonçait vouloir «examiner la possibilité de poser des barrières aux principaux points d’entrée». Près d’un an plus tard, rien n’a été installé.
Sollicitée à nouveau, la Ville élude la question des barrières et se contente de rappeler que la circulation est déjà interdite et signalée comme telle à chaque entrée du bois. Une signalisation qui, de l’aveu même des riverains, ne suffit manifestement pas à dissuader certains automobilistes.
Reste à mesurer l’ampleur réelle du phénomène. Sur ce point, les chiffres communiqués par la Ville surprennent: seulement deux signalements ont été enregistrés en un an, l’un en été 2025, l’autre en été 2026. Dans les deux cas, il n’a pas été possible d’identifier le conducteur fautif. Un chiffre dérisoire au regard du ras-le-bol exprimé par les habitués du site, qui disent croiser des véhicules bien plus fréquemment.
Contrôles réguliers
La Ville l’explique par la difficulté de prendre les contrevenants sur le fait: le temps que les agents arrivent sur place, les véhicules ont souvent déjà disparu. Le Service des parcs et domaines assure néanmoins que le secteur n’est pas laissé à l’abandon, entre contrôles réguliers des surveillants des espaces verts et présence quotidienne du personnel sur le terrain. Face aux nouveaux signalements, la Ville promet d’intensifier la fréquence des patrouilles.
Police pas au courant
Du côté de la police, le constat est plus nuancé: «La Police municipale de Lausanne n’a pas connaissance d’une quelconque problématique relative à la circulation de véhicules motorisés sur les chemins forestiers de Sauvabelin», indique le lieutenant Michel Gandillon, remplaçant de la cheffe communication. Aucun contrôle spécifique n’est donc effectué dans ce secteur, précise-t-il, ajoutant que la police ne peut dès lors «se prononcer sur les mesures actuellement en place». Reste la question de fond: faut-il simplement mieux contrôler, ou fermer purement et simplement les accès?
Pour les promeneurs qui alertent la Ville depuis des années, la réponse ne fait aucun doute: seules des barrières permettront de réserver réellement ces chemins à ceux à qui ils sont destinés: marcheurs, joggeurs et autres usagers non motorisés. La Ville, elle, continue pour l’heure de miser sur la surveillance renforcée. À Sauvabelin, tout le monde espère surtout qu’il ne faudra pas attendre un accident pour que la question soit enfin tranchée.