SORTIE CINEMA - Le cinéaste mexicain Alejandro González Iñárritu transforme l’Amérique contemporaine en une immense farce shakespearienne, quelque part entre l’uchronie ironique et la fable anticapitaliste.
Avec Digger, ça passe ou ça casse. Ce qui vaut pour son personnage principal vaut aussi pour un film dont la radicalité et la force de proposition ne laisseront personne indifférent. Ne tournons pas autour du pot : Tom Cruise est génial, et le film l’est tout autant : pour moi, c’est un coup de maître. Alejandro González Iñárritu transforme l’Amérique contemporaine en une immense farce shakespearienne, quelque part entre l’uchronie ironique et la fable anticapitaliste. Le cinéaste mexicain met en place un véritable théâtre de l’absurde et de l’apocalypse à venir. Pétrole, argent, pouvoir, société de consommation, suprémacisme américain, inaction européenne : tout passe à la moulinette d’un cinéaste qui choisit le grotesque pour mieux révéler celui de nos dirigeants.
Dans ce grand cirque, où John Goodman trouve naturellement sa place éblouissante en président américain déglingué, les puissants ressemblent moins à des monstres qu’à des clowns devenus dangereusement maîtres du monde. On pense à la folie visuelle de Terry Gilliam, à la férocité de Stanley Kubrick et de son Docteur Folamour dans cette manière de pousser notre réalité juste assez loin pour qu’elle nous apparaisse soudain dans toute son absurdité, jusqu’à un discours central livré par Tom “Digger” Cruise qui donne au délire sa profondeur et dévoile toute la dimension engagée du film, avant un final qui laisse K.O. Mais Iñárritu laisse subsister une fragile éclaircie : après les catastrophes, après les puissants et leurs folies, il restera toujours l’art pour nous retrouver, enfin, et panser nos plaies.