COLÈRE • Hospitalisée en urgence au CHUV pendant le week-end de Pâques, une octogénaire de Lutry affirme avoir attendu pendant onze jours des examens sans cesse reportés. Entre douleurs, incompréhension et sentiment d’abandon, cette Vaudoise dénonce une prise en charge chaotique sur fond d’hôpital débordé.
Ce n’est pas comme ça qu’Ursula Aeby pensait passer son week-end de Pâques. Et pourtant, elle a dû prendre son mal en patience dans sa chambre d’hôpital. Admise en ambulance le 31 mars dernier, elle souffrait de maux de ventre qui l’empêchaient de tenir debout. Il faut dire que ses ennuis de santé ne datent pas d’hier. «En 2018, on m’a diagnostiqué un carcinome dans la région anale, et j’ai fait 35 radiothérapies. Pendant le traitement, mes intestins ne fonctionnaient plus normalement, je ne supportais plus la plupart des aliments.»
En 2022, ensuite, elle est admise une première fois en ambulance aux urgences suite à un malaise. «Après trois jours, on m’a transférée à la salle d’opération en me disant que c’était une occlusion. Pendant quinze jours, ils ne savaient plus comment me nourrir, rien ne tenait. Et enfin, après quinze jours, la nutritionniste m’a dit un peu par hasard qu’avec le cancer qu’ils m’avaient enlevé, c’était normal. Je ne savais absolument pas qu’ils m’avaient enlevé un cancer, personne ne m’avait dit ça».
Après un séjour de sept semaines au CHUV, Ursula Aeby peut enfin rentrer chez elle, mais depuis, ses intestins n’ont plus jamais fonctionné normalement, et oscillent entre diarrhée et constipation.
Annulations à gogo
Les crises s’aggravent dramatiquement à la fin mars. Dans l’impossibilité de se nourrir pendant quatre jours et même de marcher, elle insiste pour qu’une ambulance vienne la chercher et arrive aux urgences le mardi de la semaine pascale, où, elle le reconnaît, elle a été bien prise en charge avec des premiers soins et une transfusion sanguine d’un litre. Elle est ensuite installée au quatorzième étage.
«Là, le personnel était très bien. Mais c’est en gastro-entérologie qu’ils n’étaient pas à la hauteur. Le jour qui a suivi, on m’a promis une gastroscopie pour le lendemain, pour voir où j’avais saigné. Ils présumaient que c’était l’estomac. Mais on a annulé la procédure, parce qu’il y avait des urgences qui étaient prioritaires».
Reprogrammée pour le week-end, elle n’aura pas lieu, et Ursula reste sans nouvelles jusqu’au mardi suivant, le 7 avril. Là, on lui annonce une gastroscopie pour l’après-midi même, qui est annulée en fin de matinée, puis promise, de pair avec une coloscopie pour le 9.
Mais le 9, elle est à nouveau annulée et annoncée, et même jurée, pour le lendemain. «Le 10, on m’a descendue à 8h pour me remonter aussitôt, en m’expliquant qu’ils s’étaient trompés d’une heure. Je les ai avertis que si je n’étais pas prise ce jour-là, je rentrerais à la maison. Ils m’ont dit que j’avais raison et que je devais prendre contact avec mon généraliste».
Pâques débordé
Contacté, le CHUV commence par déplorer l’expérience vécue par Ursula Aeby, en regrettant sincèrement «des désagréments dus à des reports d’examens». L’hôpital cantonal explique ensuite ces retards par la grosse affluence du week-end pascal, surtout que les examens endoscopiques tels que gastro ou coloscopie nécessitent un plateau technique et du personnel spécifique.
«La situation peut être particulière lors des week-end et jours fériés (par exemple la période de Pâques). Les hôpitaux fonctionnent alors avec des équipes réduites et de garde, et ceci peut parfois contribuer au report, pour des patients stables, d’un examen annoncé, en particulier lorsque d’autres patients présentent une urgence médicale. Les variations du volume des demandes pour ces examens est difficilement prévisible. Si la demande s’avère particulièrement importante lors d’un week-end ou d’un jour férié, les risques de report, pour les patients dont l’état de santé est stable, sont possiblement plus importants».
Ils assurent cependant: «Dans les situations de report, une surveillance étroite permet de s’assurer que l’état du patient ou de la patiente hospitalisée reste stable et d’adapter la planification au besoin».
Aujourd’hui, la gastroscopie n’a toujours pas eu lieu. «J’ai toujours estimé que si on faisait une gastroscopie dix jours plus tard, on ne verrait de toute façon plus rien. Et je refuse la coloscopie parce que j’ai trop souffert la dernière fois». Un scanner de suivi, réalisé par l’oncologue qui la suit, n’a rien montré d’anormal.
Si Ursula Aeby remonte gentiment la pente, sa colère à propos de son séjour au CHUV ne faiblit pas. Celle d’un de ses fils, qui a menacé de contacter les politiques, également.
«On n’arrête pas de se plaindre de la hausse des primes, et de notre système de santé. Nous nous sentons abandonnés. En l’occurrence, ce n’est ni à ma maman, ni aux assurances de payer pour ce séjour». Pour l’instant, son assurance, qui a reçu la facture, semble entrer en matière pour régler le montant de sa prise en charge.